jeudi 28 mars 2024

On a volé la Lune (La Lune d'or)

 Quand la lune brillait si fort qu’on pouvait la voir même dans la mine la plus creuse d’Alaska. Quand la lune était la plus belle émission à regarder après une journée dans la terre. Quand la lune voulait qu’on la regarde ou plutôt quand le monde était plus vrai. Regarder un cercle scintillant pendant quelques heures était, non pas par ennui, mais parce que c’était ce qu’il y avait de plus beau à voir et à apprécier.


La lune est un cercle, en fait une sphère. Une sphère qui change de bord, qui change de forme et qui scintille le plus fort qu’elle peut tous les soirs. Quand dame nature décide de bien vouloir nous la laisser, poser nos yeux sur ce qu’il n’y a pas si longtemps était le rêve d’un paquet de nations. Quand elles nous laissent l’azimuter, on peut l’observer comme un filme passer du croissant au raisin au croissant tout court. C’est une perle étincelante que l’univers à bien voulut nous laisser. La lune est un bijou si précieux, si gros, si important, même les plus grands scientifiques qui ont essayé de la posséder n’ont réussi qu’à poser un bout de combinaison trop chérant en forme de pied. 

Bref, la lune est un joyau. Nous avons presque et je dis bien presque, toujours eux, la chance d’observer. 



Quand l’or était le cossin le plus important sur cette terre et qu’esbailler un petit bout de couleur brillante dans ses mains valait plus que la santé de sa propre pitoune. Les gens ne slaquaient pas la pédale pour deux cennes. Ce petit morceau de minéraux blinquant poussait la populace à oublier tout ce qui pouvait les entourer. Même la plus belle petite chorégraphie de la plus mignonne des petites filles, du plus mignon des petits patelins, dans la plus petite des petites maisons mignonnes, ne pouvait aller chercher l’attention d’un de ces messieurs bien décidés. Par contre, partout à travers le pays, le temps d’un souper comme pendant le carême, s’arrêtait pour observer ce qui semblait être un des hoquets astronomiques les plus hétéroclites de tous leurs temps. Parce que quand on avait creusé toute la sainte journée, à coup de dynamite et de malfrat à la gâchette facile pour deux pépites, zieuter le ciel quelques minutes était le plus beau cadeau qu’un homme pouvait espérer. Or, la seule chose à laquelle tu t’attends lorsque tu gobichonnes une canne de bine frette n’est pas là, mais mettons vraiment pas là, tu commences rapidement à te poser une coupe de question. 



Un soir du mois de mai, il faisait mi-froid à mi-chaud. C’était un temps, un peu indescriptible. Dans un coin perdu de la côte nord du Québec, un homme se préparait à aller se coucher pour être bien motivé le lendemain. 

Lui, il s’appelait Renesmée Vaïaneux. Un homme dans la très haute trentaine. Cet homme-là comme la plupart à cette époque était fou, fou de l’or. Un peut plus encore que d’autres. Renesmée était un homme trapu. Quelqu’un de petite taille, mais solide. Ou plutôt c’est ce qu’il pensait, parce que si vous avez demandé aux gens qui le connais il vous dirait qu’il est trapu, frêle et peu attirant. Mais un des plus déterminés de ces créatures masculines. Il venait du village de Pointe au Baril dans un petit coin francophone de l’Ontario profond. Une petite île de 150 habitants qui tenait son nom à cause d’un baril de whiskey transporté par la rive. Un village de gens spéciaux. Sauf que quand l’île de gens étrange trouve qu’un de leur voisin est très spécial c’est qu’il y en a épais sur la toast. 

Renesmée avait décidé de quitter son petit trou perdu pour comme il le dit « conquérir tout l’or de ce beau pays ». Des objectifs ambitieux. Personne ne s’était tardé de le prévenir que c’était impossible, juste pour pouvoir se débarrasser du plus fou d’entre eux. Il est donc parti vers le Grand Nord du Québec. Une région que personne n’avait encore explorée, pour de bonne raison. Il n’était pas le crayon le plus aiguiser de la boite, comme on dit. Une espèce a lui toute seule. Son visage était difforme. Comme si sa bouche avait été placée à l’envers. Sauf que le pire c’est qu’un sourire à l’envers sur le visage de quelqu’un qui sourit tout le temps, ça fait peur à zieuter. Le menton était croche à droite, le nez croche à gauche et ses deux yeux. Il assaillait d’aller le plus loin possible du centre. Comme si dans le ventre de sa pauvre mère, son corps avait voulu partir de gauche à droite sans son consentement. Ses jambes, bien que toutes petites, n’étaient même pas de la même longueur. Il disait qu’il mesurait 1m59, mais le docteur avait très bien mesuré 1m59 à gauche et 1m56 à droite. C’était si drôle et pénible à voir en même temps, quand il marchait. Il, contrairement à la plupart des hommes à cette date, n’avait pas eu à abandonner sa douce. Ah ! comme il aurait aimé avoir une douce, mais bon quand ton père part au Yukon faire des chapeaux de plage 1h après ta naissance. Espoirée, ce marié n’est pas vraiment une option. La seule qualité qu’on pouvait lui trouver, c’était sa détermination.


Bref, ce soir-là, Renesmée avait miné toute la journée. À coup de pioche décapé et de bâton de dynamite défectueux. Même pour un brave homme, il était fatigué et bien qu’il ait eu une pauvre éducation, l’astronomie restait une de ses plus grandes passions. Le ciel, c’est une infinité de petits lingots d’or inaccessible à tous. Les étoiles, les comètes, les planètes et la LUNE. Lui, il ne connaissait pas leur nom scientifique d’aujourd’hui. C’est pourquoi il les appelait, « les trésors inaccessibles ». Mais sa préférée d’entre elles, c’était la Lune. Le plus beau des cercles gris du ciel. Il pouvait là regarder des heures comme vous aujourd’hui devant un épisode de « La casa de papel ». Sauf que, le soir venu, on ne là voit pas. Seul devant un minable feu de camp, Renesmée se posait une coupe de question. On raconte qu’il était si hallucinogène, qu’il a parlé aux fréquemment d’or d’un 1/32 de carat.

Pas de réponse, ce qui n’est quand même pas étonnant. Le lendemain matin devant une tasse de café pas buvable, il est parti miner avec de drôles d’idées en tête. Le soir venu quand il mangeait sa canne de bine au lard froid il ne voit pas la Lune, un paquet de petits électrons libres d’idée pas plus brillante que les unes que les autres, lui monte à la tête.



Le matin suivant, Renesmée avait une nouvelle quête. Retrouver la lune ! Il est parti dès que les coqs qui n’étaient pas présents avaient fini de chanter. Une longue marche croche l’attendait. Il voulait se rendre au village le plus proche. 

Il a ouvert les portes à 14h, d’un bar style farwest, mais version cheap. En entrant, il a crié :

  • je voudrais un verre de whiskey bien froid. Et qu’elle qu’un pour m’aider à trouver de l’or gris.

Un homme de grande taille à l’aire menaçant pour la plupart des gens se leva et lui dit :

  • qu’est-ce que tu as bue avant de venir ? Par contre, je pense que tu as la face d’une personne qui attire l’or. Attends-moi, j’arrive !

L’homme à l’allure spécial et redoutable se mit en route sur pied avec le pauvre fou. Ils ont marché de même pendant trois jours. Un matin devant une montagne de petite taille, Renesmée s’arrête et crie :

  • J’ai un bon feeling d’ici. On devrait creuser.

À coup de dynamite et de pioche pendant trois bonnes heures, ils ont creusé. Et puis un moment le petit homme ces arrêter de creuser et a crié :

  • Eh il y a quelque chose ici !

Le pauvre homme, trop innocent pour avoir compris avant les mauvaises intentions de son compagnon, ne voit pas le 32 qu’il cachait dans sa veste. Le crochu se tenait dans un petit coin de leur mine. Il se tourne vers son acolyte. Le moment venu pour le grand homme de tirer la gâchette, il a trébuché et a glissé dans un coin trop étroit pour que même le fou puisse passer. D’un cri de fureur, le malfrat cria :

  • Sacré fils, tu es la créature la moins utile et la plus nuisible que je n’ai jamais rencontrée. Moi je suis capable de me sortir de ce trou, mais je ne veux plus jamais te revoir. Tu es lent, tu es laid et tu ne portes pas chance comme la patte d’un vieux lapin. Si tu ne veux pas que je te tire maintenant, il vaudrait mieux que tu coures loin d’ici. Coures plus rapidement que t’es abominable patte permette !

Et d’un simple sourire niet, Renesmée a répondu :

  • D’accord ! À la revoillure.

Et il est parti pour accomplir sa prochaine idée. 


Le bonhomme Vaïaneux a parcouru les coins les plus reculés du Nord pendant des jours. À la recherche de quoi ? Et bien la Lune ça va de soi, mais pourquoi marcher si longtemps ? 

Dans le Grand Nord, les nuits commençaient déjà à se faire plus tardives. Le mois de juin à l’approche, les fous de l’or s’en réjouissaient. Pourtant, pour la première fois de sa triste vie, le petit homme a vu couler sur sa joue une goutte d’eau salée. (Et oui, il pouvait voir ses propres l’arme. Tellement son visage était croche et ses yeux séparés.) Perdre la seule chose que personne ne peut vous enlever, ça rend même les plus braves à fleur de corne. Il a passé les 20 prochains jours à miner pis marché. Tous les matins, le faux coq le réveillait à 6h tapante, pis la non-Lune le couchait à 23 h pas tapantes pentoute. Vous ne comprenez sûrement pas le rapport entre la Lune pis l’or, mais vous saurez bien plus tard. Bref, pour vous donner un exemple de sa vie de misère, un matin il menait. En lançant sa dynamite sur une roche, elle lui a rebondi, dessus. Puis, lui est revenu dans la face pis a explosé à un mètre de lui. Des histoires comme ça tous les jours. Mais là, une couple de jours dans le mois de juin, le pauvre bambin était si désespéré, si tanné, désenthousiaste, que devant la plus petite des collines il a jeté son dernier bâton de dynamite cassé. Prêt à abandonner, il a attendu. Après un BOUUM, un flash de lumière brillante lui crève les yeux. En écartelant ses yeux, le choc était si gros que ses frêles jambes le lâchent. Une mine ! Un beau gros morceau d’or écœurant. Devant ce trésor de lumière des caves, Renesmée n’avait pensé qu’à une chose. La Lune ! Il passe les trois jours suivants à caver cette mine. Un sac après l’autre, les lingots s’empilent. Une fois que les balluchons étaient prêts, il a pris la tonne sur son dos. Pendant 4 longs jours sans signe d’un magot céleste, il a marché boitillant et s’écrabouillant. Le 26 juin à 20h37 18 secondes, il était arrivé derrière une église. Le plus misérable, dérincher des lieux de culte. Il a passé la nuit à prendre un morceau par pointe d’or et à les coller à l’aide de jus de vieille chaussette. Jusqu’à voir un rond brillant rapailler. 

On raconte que le jeune vieux fou posa son bricolage sur son pauvre dos cassé en deux. Il a grimpé le reinquier de la vieille chapelle. Tremblante, grinçante, branlante, on aurait dit qu’elle allait tomber, mais sans peur il a monté jusqu’au clocher, juste assez haut pour pouvoir toucher le ciel. Arriver en haut, il pose la nouvelle Lune dans le ciel. La légende ne raconte pas comment il est revenu dans son petit trou perdu qui lui sert de village. Par contre, à partir de ce jour, les gens ont recommencé à rêver sous une Lune dorée. 


Depuis ce jour à Pointe au Baril de Saint-Glinglin de -belle-feuille, chaque fois qu’on voit une Lune d’or. On sait que le vieux Renesmée nous démontre encore un peu de son amour. Personne au village en 1800 quelque chose ne savait que le poseur de la plus belle veilleuse au monde était le petit paquet bien let qui était revenu de périple sans un grain de minéraux. Mais allez chercher pourquoi un jour son bel arrière arrière-petit-fils a révélé son histoire que personne n’avait jamais entendue. Retrouver dans un vieux bloc-notes pas mal scrape, le petit Renesmée nous avait laissé un message. « La Lune pour moi c’est ma flamme, une lumière qui ne s’est jamais vraiment éteinte pour me faire peur. Le seul gogos qui est toujours resté là pour moi. Ma seule amie à qui je pouvais parler en allant me coucher, pis qu’elle n’allait pas me lancer des roches déçues. Je l’apprécie bien gros, pis je ne pense pas que je ne suis pas le seul. Je pense que c’est le plus beau cadeau, que cette drôle de terre nous est faite. Une des seules choses sur cette terre que pas un chat n’a besoin de payer ou de travailler pour y avoir accès. C’est pour ça que quand j’ai vu que ma lampe de chevet préférée n’était plus là, je voulais m’en occuper. Cela n’a pas été facile. Pis je sais que je suis un peu fou pis qu’il n’y a pas bien bien de monde qui m’aime, mais voir la face des petits enfants qui souriait devant le lac en regardant ce cercle-là, c’était le plus beau des cadeaux de reconnaissance qu’un fou peut espérer. La Lune c’est plus gros que tout le monde, pis elle est bien plus importante que le succès d’un homme. »



Auteure : Victoria Grégoire

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