jeudi 28 mars 2024

Le fantôme chercheur d’or

C’tait l’histoire de Paddi, un p’tit jeunot qui avait autant 30 que 40 ans. Ils vivaient au fin fond des bois de la frontière canadienne américaine. Dans une tite cabane à suque. Et il se vantait bien rarement qu’il habitait encore chez sa mère et que, je cite : « C’est elle qui habite chez moi ! »


 Depuis l’abolition du libre-échange, les seuls moments où lui, et se qu’il appelle sa locataire à très faible loyer, ne rotent pas creux, c’était dans le temps des suques. Car oui, en mettant leur sirop dans des bouteilles cutes, ils pouvaient le vendre deux fois plus cher aux Américains. Mais, maintenant, il n’y pouvait rien. Il devait manger de la misère. Mais il avait un plan pour se sortir de cette impasse financière. Il voulait esbailler de l’or ! Sa mère s’exclama : « Où c’est que tu comptes trouver de l’or au Québec, épais ! Il lui répondit : « J’ai l’intention d’aller esbailler de l’or dans la plus belle rivière du Québec : la rivière Lacadie !



Pour aller à la rivière, il devait passer par un petit village dont personne ne connaissait le nom. On le remarqua très vite quand il commença à se rendre à la rivière. Au moment où quelqu’un mettait, son œil sur lui, y’avait une sorte de dédain immédiat dans leur regard. C’était à cause du fait que tu ne pouvais jamais le regarder dans les yeux tellement il était grand. Puis, personne n’a eu l’impression qu’il était très lumineux. Car chaque fois qu’il marchait dans le chemin vers la rivière, et que quelqu’un luit posait une question depuis leur balcon comme : 


- Té qui ?

Il répondait toujours, plusieurs fois, avant qu’il ne soit trop loin pour répondre.:


  • Hein ?


Puis en plus, il avait les cheveux longs. Pis à cette époque-là, un mâle avec des cheveux longs c’était rare comme de la marde de pape. Tout le monde et personne ne le connaissait en même temps. Il était subtil et évident à la fois. Tellement, que les gens commençaient à se demander si ce ne serait pas un épouvantail dernier cri qui peut se déplacer et dire le seul mot qu’ils ont entendu sortir de sa bouche. Il avait toujours avec lui un sac qu’on avait l’impression qu’il utilisait au début de l’école primaire, le pire c’est que c’était sûrement le cas. Sa mère, elle était d’autant plus découragée à le voir aller chercher de l’or avec un sac qui avait un gribouillis de lions qu’il avait fait à cinq ans, sur lequel il avait récemment écrit Gold Finder. De plus, il avait une démarche unique. On avait l’impression qu’il sautillait comme une licorne, mais c’était juste sa démarche classique. Avec le temps, sans le savoir, il se faisait petit à petit une réputation de fou. Alors on lui donna le surnom de l’épouvantail fantôme, flan mou ou du chercheur d’or de la maternelle. 


Après plusieurs semaines à chercher de l’or comme un acharné, il commença à se décourager. Mais il n’abandonna pas. Alors, le lendemain matin, il revint pour trouver sa pépite. Sauf que cette fois-ci, quelqu’un l’avait suivit pour vérifier s’il était réellement fou : tellement fou de chercher de l’or dans la rivière Lacadie. L’intrus se rendit vite compte que l’épouvantail fantôme était bel et bien débile. Alors, il courut le plus vite possible vers le village pour aller annoncer la nouvelle au curé. Quand ce dernier entendit la nouvelle, il prévint tout le village. Il disait à tout le monde de se rassembler à l’emplacement où le chercheur d’or de la maternelle avait été aperçu. Ils étaient tous là, armés de fourche et de pieux enflammés. Ils voulaient l’exécuter. Ils sont restés là pendant plusieurs semaines sans qu’il ne se montre. Alors beaucoup ont commencé à penser que c’était peut-être vraiment un fantôme, ou qu’il était mort. Donc, le curé prit la décision de rentrer au village. Mais en réalité, il n’était tout simplement pas là. C’était juste le temps des sucres.


Après la fin du temps des sucres, Paddi était de retour. Mais cette année, bouillir avait été plus fatigant que jamais. Alors, il venait chercher de l’or, tout en étant plus fatigué qu’à son départ. Pie a cette époque, quand tu étais dérinché, on ne pouvait point aller chercher une bouteille de Gatorade au dépanneur pour te réveiller. Ça n’existait pas. Mais Paddi lui,, y avait trouvé la solution. Y s’était amené une sapré grosse cruche de sirop d’érable pour se booster. Il appela ce précieux élixir Siropaide : l’ancêtre de tout ce que vous buvez aujourd’hui. Donc, de cette façon, il pouvait travailler sans relâche, sans se fatiguer et sans savoir que le diabète s’approche à grands pas. Mais un bon matin, pendant qu’il filtrait l’eau de la rivière, trois résidents du village pointèrent le bout de leur nez. Ils ont crié :


  • - Attaquez-le, c’est un fantôme !


Et ils ont lancé au moins une trentaine de roches sur Paddi. Au lieu de se défendre, il décida de faire le mort et de se laisser emporter par le courant. C’était la deuxième fois qu’il était déclaré pour mort. 


Le courant de la rivière avait emporté Paddi jusque chez lui, il se releva et alla s’assoir par terre. Il commençait à se dire que c’était sans issue, qu’il allait devoir abandonner. En plus, il ne lui restait plus de Siropaides. Il sortit une roche qui s’était enfoncée dans sa chair tout en se disant que c’était fini et qu’il n’y avait pas d’or dans la rivière Lacadie. Il observa cette roche. Tout d’un coup, il eut un éclair de génie. Paddi prit la pierre dans sa main et courut vers son garage. Il lui restait un fond de bouteille de peinture doré qu’il avait eu dans un échange avec un Américain contre un bidon de sirop. Il peintura sa roche. Même si la bouteille de peinture était vieille, le mélange avec la couleur de son sang qui restait sur la pierre donnait un doré scintillant comme une glissade en métal l’été. Ensuite, il courut vers la bibliothèque de sa mère pour aller y chercher ce qu’il pensait être un livre de sorcellerie. Il suivit les instructions du livre de la page intitulée: Pierre et or. Dans l’excitation, il ne lut qu’un mot sur deux, mais il commença quand même le rituel. Il mit des assiettes sur chaque côté de la table. Plaça sa roche au milieu et deux chandelles des deux côtés de la roche. Il ferma les yeux et cria les paroles indiquées dans le livre :


  • Que voulez-vous m’apporter ? La soupe du jour est à l’or ! Cette roche est maintenant de l’or !


Il ouvrit les yeux et sauta de joie en voyant que sa roche était plus dorée qu’avant. Ça y est ! Il avait réussi! Il avait trouvé de l’or ! Toutefois, le livre qu’il avait utilisé n’était pas un livre de sorcellerie, mais bien un livre d’hôtellerie. La page qu’il avait lue était intitulée en réalité Sel et poivre. Tout le rituel n’était que ce qu’un serveur doit dire à un client dans un restaurant. Mais dans l’immédiat, il n’avait rien remarqué. Par conséquent, sa roche n’est jamais devenue une pépite d’or. C’était tout simplement le soleil qui la faisait rayonner.


Il rentra dans sa maison, se fit la barbe et se mit chic. Il était méconnaissable. Il alla au village et prit un accent américain pour ne pas se faire reconnaître. Il arriva le dimanche matin pendant la messe. Il interrompit le curé, pour lui dire :


  • —Hello! Je reviens d’un grand voyage en Alaska. Where I’ve trouvé this pépite d’or. Je veux la vendre aux enchères !  


De ce pas, les enchères commencèrent. Paddi a crié :

  • — Les enchères commencent à dix-mille dollars, quinze-mille à gauche, trente à droite ! 

Ça a continué comme ça jusqu’à ce qu’un groupe de cinq banquiers aient crié : « Cinq-cent-mille dollars ! »

Puis, silence radio. Paddi a crié  : « Apte jugé ! »


Mais, il dit au revoir à tout le monde en oubliant de prendre un accent anglais. C’était clair que tout le monde l’avait remarqué. Il a eu tellement peur de perdre sa couverture, qu’un frisson des plus terrifiant lui rongea le corps tout entier. Il tremblait de peur, tellement que la fausse moustache et son chapeau tombèrent par terre. Il retourna à la cabane à sucre à la course, car les villageois le poursuivaient. Jamais il ne reviendra dans ce village. Il avait en sa possession deux lourds sacs pleins de billets de cent piastres. 


Il annonça à sa mère que leur nouvelle vie allait commencer. En effet, ils allaient s’enfuir en Floride. C’est eux qui ont instauré cette tradition québécoise. C’est eux les premiers qui l’ont fait. Paddi, toujours dans l’ignorance que cette pépite n’était encore qu’une simple roche.


Sans le savoir, Paddi était devenu une vraie légende dans ce petit village de la Montérégie. Quitte à croire que tous les problèmes ont une solution. Il suffit d’y croire très fort pour que cela se réalise. 



Auteur : Mathéo Grégoire

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